Des rêves d’amour libre, la croyance en une nouvelle société, les utopies les plus folles à portée de main. Le Summer of Love, réunion de milliers de jeunes à San Francisco en 1967, point d’orgue public de la contre-culture hippie, reste un éternel symbole d’espoir.
Mais trente après, les révolutions semblent avoir laissé passer leur heure et le réalisme a rogné les ailes des rêveurs. N’empêche : c’est Eté 67 que des jeunes belges originaires de Tilff, dans la périphérie de Liège, ont choisi au début des années 2000 comme nom pour leur aventure musicale.
Une manière d’adresser un clin d’œil à cette époque d’émancipation devenue mythique (surtout pour ceux qui ne l’ont pas connue) mais surtout de renvoyer à tous les albums de rock sortis la même année et considérés maintenant comme des morceaux d’histoire (Sgt Pepper des Beatles, le premier Doors, celui du Velvet Underground avec Nico, Are You Experienced ? d’Hendrix et plein d’autres). «Quand j’ai trouvé ce nom », se souvient Nicolas Michaux, le chanteur, « j’avais l’impression que, tout en faisant référence à d’autres choses que nous-mêmes, il parlait de nous. Si on s’est rencontrés c’est parce qu’on était les six seuls péquenauds à aimer cette musique-là dans notre entourage. Et puis on voulait, malgré la noirceur des textes, apporter du positif » »
Si le sextet a l’amour des mélodies pop à l’anglo-saxonne, il a opté pour la langue française, contrairement à beaucoup de ces rockers compatriotes (de Deus à Ghinzu) qui s’expriment en anglais. « Dès le début », explique Nicolas, « on a eu la volonté de raconter des choses, de divulguer du sens. On ne voulait pas prendre des mots qui sonnent bien en anglais et les mettre dans une chanson sans les maîtriser mais que nos textes parlent aux gens et à nous ».
Trop jeunes pour être nostalgiques, les musiciens d’Ete 67 n’ont pas non plus adopté d’antiques lunettes psychédéliques déformantes. Non, le monde, ils le voient comme ils l’expérimentent et recrachent leur vision de manière crue dans leurs chansons. La visite du « Quartier de la gare », avec ses voyageurs pressés et ses camés, n’a rien de rose, comme « Les Pilules », qui traite avec une légèreté inversement proportionnelle à la gravité du sujet des diverses dépendances et autres moyens artificiels de faire face à la réalité des choses. « Cette noirceur est un peu liée à la génération à laquelle on appartient. Mais on se refuse à porter des jugements. On préfère aborder des problèmes, poser des questions au lieu d’y répondre de manière définitive »
Rassurez-vous, il y a aussi beaucoup d’amour (même contrarié ou brisé) chez Ete 67 et pas mal de tendresse. Beaucoup de chaleur, aussi. Touche-à-tout aux goûts un peu exotiques, Nicolas Berwart (basse, clavier), Raphaël Breuer (guitares, mandoline), Xavier Dellicour (saxophones, clarinette, Hammond, flûte), Bryan Hayart (batterie), Renaud Magis (guitares et tambourin) et Nicolas Michaux (chant, piano, claviers, ukulélé, banjo) ont donné à leurs morceaux des formes enlevées et vivantes, comme s’ils menaient une fanfare très gaie pour chansons un peu tristes. « On ne veut surtout pas se répéter mais plutôt accentuer les différences entre les chansons. Quand une sonne un peu jazz, on y va à fond, avec clarinette etc. Quand on fait des choses plus rock, on la joue avec toute l’énergie qu’il y a en nous ».
Adopté par Bang !, glorieuse maison de disques qui s’est imposé comme l’épicentre du rock belge et a accompagné le succès de DEUS, Ghinzu, Girls In Hawaï ou Sharko, Ete 67 a pris le temps de concevoir son premier album. La monotonie y est interdite et, suivant les traces de M ou Louise Attaque (à qui on pense fugitivement en écoutant « Eva » ou « Tout ce que je veux »), ces jeunes Belges déjà très murs redonnent au rock francophone des couleurs, du piment, de l’allant. Ils offrent également une seconde jeunesse à « On nous cache tout, on nous dit rien », chanson narquoise de la paire Dutronc-Lanzmann. « Inclure une reprise dans notre album, c’est aussi une façon d’être fidèle à notre histoire. On a commencé en jouant des reprises dans des cafés ou dans des bals ». Bien qu’il dispose d’un répertoire propre et pétaradant, Ete 67 ne se prive pas du plaisir de reprendre, au milieu de ses concerts résolument rock et impulsifs, des chansons d’artistes qui leur ont transmis la passion (celle de Dutronc, donc, mais aussi « Waiting For My Man » du Velvet Underground ou « It Takes A Lot To Laugh, It Takes A Train To Cry » de Dylan).
En moins d’une dizaine d’années, le groupe de lycéen qui a commencé par faire du bruit dans un garage a beaucoup grandi. Il possède déjà une histoire, un style vibrant et, en Belgique, un public tout aussi dynamique. Préparez-vous, jeunesse française, les charmes d’Ete 67 vont bientôt opérer ! Les radios, déjà conquises (de France Inter à Europe 2) vous transmettront le virus…
Des rêves d’amour libre, la croyance en une nouvelle société, les utopies les plus folles à portée de main. Le Summer of Love, réunion de milliers de jeunes à San Francisco en 1967, point d’orgue public de la contre-culture hippie, reste un éternel symbole d’espoir.
Mais trente après, les révolutions semblent avoir laissé passer leur heure et le réalisme a rogné les ailes des rêveurs. N’empêche : c’est Eté 67 que des jeunes belges originaires de Tilff, dans la périphérie de Liège, ont choisi au début des années 2000 comme nom pour leur aventure musicale.
Une manière d’adresser un clin d’œil à cette époque d’émancipation devenue mythique (surtout pour ceux qui ne l’ont pas connue) mais surtout de renvoyer à tous les albums de rock sortis la même année et considérés maintenant comme des mo...